Sauterelle… ou Criquet ?

Pour le simple promeneur qui ne s’est jamais penché sur le monde des insectes, la différence entre sauterelle et criquet ne saurait être évidente. Lorsque l’on voit s’écarter d’un bond coloré ou d’un battement d’ailes l’insecte jusqu’alors camouflé dans l’herbe à nos pieds, on a plutôt tendance à penser qu’il s’agit d’une sauterelle. Dans la croyance commune, la sauterelle (peut-être du fait de son nom) est celle qui saute et le criquet celui qui chante. En réalité, sauterelles comme criquets possèdent tous les deux ces attributs. Quels sont donc les critères simples pour les différencier ?

Le mot « insecte » vient du latin insecta = divisé en trois parties, en référence aux trois sections distinctes qui composent son corps.

Ce qui les rapproche

Rappelons que les sauterelles et les criquets sont des insectes qui, avec les grillons, forment l’ordre des Orthoptères. On compte plus de 600 espèces de cet ordre en Europe. Comme tout insecte, ce sont des invertébrés dont le corps est formé de trois parties : la tête, le thorax et l’abdomen. La tête porte une paire d’antennes, des yeux et des pièces buccales constituant les appendices de la bouche (comme les mandibules notamment). Les insectes possèdent trois paires de pattes et le plus souvent deux paires d’ailes ou ébauches d’ailes. Les Orthoptères sont des insectes ovipares, trapus, dont les pattes postérieures sont particulièrement développées pour le saut (pattes saltatrices). Ils mesurent entre une quinzaine et une soixantaine de millimètres.

L’ordre des Orthoptères comprend le sous-ordre des ensifères qui regroupe sauterelles et grillons et le sous-ordre des caelifères, que forment les criquets.

Ce qui les différencie

Pour distinguer le groupe des sauterelles de celui des criquets, il convient d’observer la longueur des antennes : tandis que les criquets ont des antennes courtes (guère plus de 1,5 cm), celles des sauterelles sont très longues (autour de 6 cm en général).
L’autre critère déterminant de différenciation est l’oviscapte des femelles. L’oviscapte ou ovipositeur se trouve sur l’extrémité postérieure de l’abdomen chez les sauterelles femelles. En forme de lame de sabre (ensiforme) ou d’aiguille, il sert à déposer leurs œufs dans la terre ou dans les plantes. Bien visible sur toutes les femelles sauterelles, on ne le voit pas sur les criquets chez qui il est très court.

Criquet

Criquet

Sauterelle

Sauterelle

 

 

 

 

 

 

 

 

Outre les critères physiques, on peut également noter que les criquets sont actifs durant le jour alors que les sauterelles le sont plutôt au crépuscule et pendant la nuit.

Les grillons ressemblent quant à eux aux sauterelles mais ont le corps sombre et plus aplati. Les femelles ont un oviscapte droit et les mâles de longs cerques, ces appendices abdominales bien visibles chez les perces-oreilles et utilisés chez certaines espèces pour maintenir la femelle lors de l’accouplement.

Une étude plus attentive sera ensuite nécessaire à tout apprenti entomologiste pour passer à l’identification des espèces. Pour commencer, on pourra volontiers s’intéresser à l’Oedipode rouge (Oedipodia germanica), ce criquet qui déconcerte les curieux mais surtout les prédateurs en dévoilant brièvement ses ailes postérieures rouge vif pour ensuite fondre sur le sol et retrouver sa couleur grise tout à fait mimétique. On pourra aussi se pencher sur le Criquet bariolé (Arcyptera fusca), une espèce que l’on rencontre fréquemment en montagne avec ses belles couleurs verte, jaune, rouge et noire.

Oedipode rouge

Oedipode stridulante (Psophus stridulus),
bien mimétique au sol.
On devine ici une petite parcelle rouge de ses ailes sur la gauche, sous ses élytres protectrices

Criquet bariolé

Criquet bariolé (Arcyptera fusca) mâle
avec ses tibias postérieurs rouges

Références

CHINERY Michael, Insectes de France et d’Europe occidentale, Flammarion, 2005.
DIERL Wolfgang, RING Werner, Guide des insectes, Delachaux et Niestlé, 2009.
LERAULT Patrice, HODEBERT Gilbert, L’album des insectes, Delachaux et Niestlé, 1999.
MCGAVIN George C., Insectes et Araignées, Larousse, 2006.

The poetry of earth is ceasing never:
On a lone winter evening, when the frost
Has wrought a silence, from the stove there shrills
The Cricket’s song, in warmth increasing ever,
And seems to one in drowsiness half lost,
The Grasshopper’s among some grassy hills.
John KEATS, On the Grasshopper and Cricket, 1817.

La poésie de la terre jamais ne cesse :
Par un soir d’hiver solitaire, quand le gel
A forgé son œuvre de silence, voici que du poêle retentit
La stridulante chanson du grillon, dont la chaleur s’accroît sans cesse,
Et qui semble à celui à demi perdu dans la somnolence,
La chanson de la sauterelle parmi les collines herbeuses.

 

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