Gentianes bleues, Gentiane jaune, un lien de parenté ?

Les Gentianes qui tapissent de leurs beaux tons bleu foncé les rocailles alpines sont souvent connues du grand public. La Gentiane jaune quant à elle, a aussi sa renommée, notamment grâce à la liqueur que l’on tire de ses racines. Jaunes et bleues, elles partagent le même nom de « Gentiane », mais leur dissemblance semble n’indiquer aucun air de famille. Ont-elles oui ou non un lien de parenté ?

Gentianes bleues, Gentiane jaune, un lien de parenté ?

Regard sur les espèces

La Gentiane jaune, Gentiana lutea, aussi appelée Grande gentiane, est l’une des rares Gentianacées de chez nous à avoir une couleur jaune, et la seule a posséder une stature aussi imposante, avec ses épaisses feuilles charnues et sa taille qui peut atteindre 1 mètre 20. Elle a des fleurs jaune vif en forme d’étoile, qui sont regroupées en bouquets à la base de ses feuilles supérieures. Elle ne peut guère être confondue qu’avec trois autres espèces que l’on peut différencier sans difficulté : la Gentiane ponctuée, Gentiana punctata, mais celle-ci est de plus petite taille et ses fleurs maculées de pourpre sont en cloche ;  la Gentiane de Burser, Gentiana burseri, dont l’une des sous-espèces est endémique des Pyrénées (on la trouve exclusivement sur ce massif), tandis que l’autre est endémique des Alpes. Sa taille ne dépasse pas les 60 centimètres et ses fleurs en tube la différencient de la Gentiane jaune, avec qui elle peut cependant se croiser pour former des hybrides. Enfin, la dernière confusion possible peut se faire avec le Vératre blanc, Veratrum album, qui lui n’est pas de la famille des Gentianacées mais des Liliacées, et dont les fleurs verdâtres et les feuilles alternes rendent sa distinction aisée.

Gentiane jaune

Gentiane jaune ou Grande gentiane

 

Une gentianacée perfoliée

Blackstonie perfoliée
La Blackstonie perfoliée, Blackstonia perfoliata, aussi nommée Centaurée jaune, est la seule autre fleur jaune de la famille des Gentianacées à peupler nos montagnes. Les feuilles opposées qui caractérise sa famille sont chez elle regroupées à l’extrême jusqu’à être soudées, donnant ainsi l’impression d’être traversées par la tige, d’où ce nom de « perfoliée ». Elle se rencontre en plaine et pousse en montagne jusqu’à seulement 1400 mètres d’altitude, contre 2500 mètres pour la Gentiane jaune.

Les autres espèces de Gentianes montagnardes possèdent des fleurs dont les tons vont du bleu foncé au bleu ciel en passant par le violet, le pourpre et le rose. Les plus connues sont sans doute la Gentiane acaule (Gentiana acaulis) et la Gentiane printanière (Gentiana verna), des plantes naines, en touffes, dont la fleur solitaire au bleu profond forme pour la première un grand tube, et pour la seconde un tube fin aux lobes en forme d’étoile.

Gentianes

Haut en couleur
Du fait de l’altitude à laquelle elles poussent, les fleurs de montagne sont plus exposées aux rayons ultraviolets du soleil qui leurs fournissent l’énergie nécessaire à la photosynthèse. Cette exposition entraîne une plus grande synthétisation de pigments et donc une plus forte pigmentation. Ainsi, les fleurs des espèces alticoles sont souvent intensément colorées, comme on le voit par exemple chez la Gentiane acaule.

Question de famille

Les Gentianacées font partie de l’ordre des Gentianales. Si l’on s’en tient aux Gentianacées qui poussent dans nos montagnes, on recense plus de 30 espèces de fleurs dans cette famille. Notre Gentiane jaune et nos Gentianes de couleur bleue en font bien toutes partie. A notre question : « Ont-elles un lien de parenté ? », on peut donc répondre par l’affirmative. La famille des Gentianacées regroupe des plantes de très petites comme de très grandes tailles et on en dénombre plus de 1600 espèces dans le monde.
Ces plantes possèdent cependant quelques attributs communs. Elles ont toutes des feuilles opposées, ce qui signifie que les feuilles sont l’une en face de l’autre sur la tige, et non décalées (on parle alors de feuilles alternes). De plus, leurs feuilles sont entières : leur contour est continu et non denté. Les sépales sont soudés à la base (calice), ainsi que les pétales qui peuvent former un tube, la corolle. Les étamines (organes mâles portant le pollen) sont insérées sur le tube de la corolle. L’ovaire enfermé dans le pistil (organe femelle recevant le pollen) est inséré au-dessus des pétales et des sépales : on dit que l’ovaire est supère (au-dessus des pièces florales) et que la fleur est hypogyne.

Gentianes légende

Étamines de Gentiane

Gros plan sur les étamines
regroupées autour du pistil
Dessous, le pistil revêt la même forme que le pistil de la Gentiane jaune.
Seul le stigmate du pistil est ici bien apparent.
On peut également noter les lignes ponctuées décorant les pétales et descendant vers le fond de la corolle, qui jouent le rôle de guides néctarifères pour les pollinisateurs

Selon Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle, le nom de cette famille viendrait du roi des Illyriens appelé Gentius, qui aurait bénéficié le premier des propriétés médicinales de la Grande gentiane.

Faux parents
Le fait que deux plantes partagent un même nom commun, comme la Gentiane jaune et la Gentiane acaule, n’est pas toujours signe d’une parenté. De nombreux exemples botaniques en sont la preuve, comme la Centaurée jaune dont nous avons parlé plus haut, dont le nom vernaculaire semble la désigner du genre des centaurées (Centaurea), un genre de la famille des Asteracées, alors qu’elle fait partie des Gentianacées. En l’occurrence, la confusion vient du fait que cette plante fait partie du genre Centaurium, dit des petites centaurées, un nom fort proche.

Gentianes, eau de vies

L’utilisation des Gentianes par l’Homme se pratique de par le monde depuis des siècles avant notre ère. L’alcool et la liqueur produits à partir des rhizomes de Gentiane jaune en sont un exemple, mais on se sert également de cette espèce en tant que plante médicinale, notamment pour ses vertus tonique et fébrifuge (qui fait baisser la fièvre). Gentiana lutea est aujourd’hui protégée dans certaines régions, comme la plupart de ses consœurs.
Comme pour tout être vivant, un ensemble d’organismes gravitent autour des Gentianes. Outre les nombreux pollinisateurs qui visitent leurs fleurs, différents insectes sont liés à ces plantes. Ainsi, un papillon, la Mélitée alpine (Mellicta varia), est aussi appelée la Mélitée de la gentiane car elle a pour plantes hôtes la Gentiane printanière et la Gentiane acaule, sur les feuilles desquelles elle pond ses œufs. D’autres lépidoptères plus anonymes confient aux Gentianacées le fruit de leur ponte, comme l’Azuré des mouillères (Phengaris alcon) qui choisit les fleurs de la Gentiane asclépiade (Gentiana asclepiadea) ou de la Gentiane des marais (Gentiana pneumonanthe). Les feuilles charnues et repliées en coupe des espèces telles que la Grande gentiane ou la Gentiane ponctuée créent également des réservoirs naturels d’eau de pluie qui peuvent offrir une précieuse ressource à nombre d’animaux.

Cantharide sur Gentiane jaune

Cantharide s’abreuvant
sur une Gentiane jaune

Références

ANDRE Max, Les Gentianacées et « plantes alliées », position taxinomique actuelle, Nouvelles archives de la flore jurassienne, Société botanique de Franche-Comté, 2003.
BLAMEY Marjorie, GREY-WILSON Christopher, Guide des fleurs de montagne, Delachaux et Niestlé, 2009.
CADIC Alain, Mignonne, allons vois si la rose…, INRA https://www.inra.fr/la_science_et_vous/apprendre_experimenter/questions_d_actu/2008/couleur_des_fleurs (page consultée en décembre 2012)
Encyclopaedia universalis, 2012.
Flore des Alpes, site sur la flore montagnarde et provençale : http://www.florealpes.com
Gentian Research Network, site : http://gentian.rutgers.edu
PLINE, traduction de LITTRE Émile, Histoire naturelle, Firmin-Didot éditeur, Paris, 1885.
RAMEAU Jean-Claude, MANSION Dominique, DUME Gérard, Flore forestière française, Tome 2, Montagnes, Institut pour le Développement Forestier, 1994.
Tela Botanica, site du réseau de la botanique francophone : http://www.tela-botanica.org/site:botanique
 

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